Sénégal : carnet de voyage

Premier jour

Je suis en vacances depuis hier, mais pas de temps à perdre : il faut préparer les valises ! Toute la famille est excitée. Le chat sent notre départ imminent et nous suit partout. A 13h, on prend la route direction Paris. On est cinq dans la voiture : mes parents, mes deux sœurs et moi. Le voyage se passe dans la plus pure tradition : Camille a ses pieds sur les épaules de maman, Lulu fait des mots mêlés, papa râle à cause des embouteillages… et moi je lit mon roman, Le Lion, de Joseph Kessel, livre qui se révèle particulièrement adapté à ce voyage en Afrique…

On arrive à Paris vers 16h… et forcement, on se perd. Les parents sont d’une humeur massacrante (le stress use de son pouvoir !), et on se fait disputer parce qu’on a eu le malheur d’exprimer notre impatience en chantant ! Finalement, on arrive au parking et on prend un mini-bus jusqu’à l’aéroport d’Orly, où on est finalement en avance. Lulu stresse de prendre l’avion – c’est la première fois – et on passe le temps en visitant toutes les boutiques. Les valises, elles, sont déjà parties dans les méandres de l’aéroport…

19h25

On vient de décoller, on est même encore en train de prendre de l’altitude. Drôle de sensation d’avoir le crâne écrasé… L’avion est plus petit que celui pour le Kenya. En ce moment, on vole à 746 Km/h, à 5000 m d’altitude. Avant de décoller, on est tous passés dans des détecteurs de métaux et, forcement, on a bipé (sauf papa). Du coup on s’est fait tripoter, au cas où on cacherait des baïonnettes dans nos chaussettes… A 19h05 (et oui, l’heure recule à cause du décalage horaire), les hôtesses de l’air nous servent un repas ultra industriel : hot-dog, salade de fruit (façon de parler, on n’a droit qu’à un morceau de chaque fruit), et boisson au choix.

21h40

Escale à Lisbonne. L’aéroport est un peu moins moderne qu’en France. On descend du premier avion directement sur la piste et on prend une navette pour aller jusqu’à l’aéroport. Dans l’avion, je suis assise à côté du sosie de Mr Bean.

Deuxième jour

5h00

Après 4h de vol, arrivée à Dakar, capitale du Sénégal, vers 3h du matin. Quand on sort de l’avion, une chaleur étouffante nous envahit. D’après les informations dans l’avion, il fait au sol 25°C… en pleine nuit. Accompagnée de cette chaleur, une forte odeur de mer ou de poisson. Contrôle des passeports, récupération des bagages sur le tapis roulant, puis on sort chercher la personne qui doit nous emmener à Mbour. Boubou nous attend avec un panneau « Labaude x5 » pour qu’on le repère (comme dans les films !). Il nous emmène jusqu’à une voiture. Boubou parle à son cousin et à d’autres personnes en Wolof, nous sommes à côté de la voiture mais on ne peut pas monter dedans… Finalement on comprend qu’il est garé illégalement, pour nous épargner une marche de trois quart d’heure. On doit donc attendre d’être seuls (des voitures de police faisaient des rondes) pour entrer dans la voiture. Dans le voiture, on est serrés comme des sardines en boîte, à 4 sur la banquette arrière avec Camille sur un siège dans le coffre, et le cousin de Boubou qui conduit à côté de papa. J’observe la ville que nous traversons. On se croirait dans une copie de la France, version africaine. Sur les panneaux publicitaires on retrouve des pubs Orange pour les portables, Crédit du Sénégal (à la place de Lyonnais)… Il est 3h du matin, et pourtant il y a un monde inimaginable sur les routes. Les gens roulent un peu n’importe comment. On croise des bus à l’allure un peu hippie avec des gens accrochés à l’extérieur tellement ils sont blindés.

80 Km plus tard, on arrive enfin à la maison, que l’on découvre avec un émerveillement non dissimulé. Il y a énormément de pièces, et toutes sont magnifiques. Rien qu’en bas, il y a 3 chambres, deux salles de bain, une cuisine et un grand salon. A l’étage, une grande pièce de repos, avec de nombreux canapés. Sans compter une terrasse, elle aussi parsemée de transats et de canapés… Quand on est monte sur le balcon, on découvre l’océan qui s’étend juste là, à quelques mètres devant nous, reflétant un ciel parsemé de milliers d’étoiles, sans un seul nuage. C’est bercée par les vagues que je peux enfin plonger dans un sommeil bien mérité…

10h30

Bonheur total. Je suis réveillée depuis une demi-heure. Camille et Lulu sont déjà parties se promener au bord de la mer. On n’a eu qu’à monter sur le balcon pour les voir, elles et la houle incessante et si agréable des vagues. Le temps est magnifique. J’ai déjeuné de la confiture d’hibiscus et de la confiture de pain de singe (le fruit du baobab). C’est délicieux.

Une heure plus tard, je suis en mode vacances : débardeur, pantacourt et nus pieds, allongée sur un des innombrables transats autour de la villa. On entend très proche d’ici les prières qui s’élèvent d’un minaret. Une petite brise fait murmurer les palmiers au dessus de nous et nous rafraîchit délicatement. Quelques oiseaux exotiques gazouillent. Maman vient d’apporter l’apéro en disant « Elle est pas belle la vie ! »

14h ??

Nous avons définitivement perdu toute notion du temps. Repas sur la terrasse, avec menu tomates, concombres, poulet froid accompagné d’un riz très différent de celui qu’on connaît en Europe, qui ressemble à de toutes petites graines brunes. Un peu de fromage (ramené de France car il n’y en a pas ici), sans oublier de prendre comme chaque midi notre cachet contre le paludisme. Et pour finir, oranges et bananes bien plus goûteuses que nos pâles copies de France.

Après le repas, petit tour sur la plage, à une centaine de mètres à peine. Le sable est tellement bouillant que je me demande si mes pieds ne sont pas cuits… La plage est plutôt déserte et jonchée de poissons morts, coquillages et pas mal de déchets, ce qui est du au fait que c’est une plage assez exploitée pour la pêche. La chaleur est tellement écrasant que nous rentrons au bout d’un quart d’heure. Sieste pour tout le monde, y compris les deux petits chats un peu sauvages qui se baladent dans la villa.

18h00

Vers 17h, nouvelle sortie plage. Cette fois, il y a un monde fou, surtout des Sénégalais, enfants et jeunes adultes. On parcourt la plage jusqu’à un endroit où beaucoup de monde se baigne, et qui n’est pas jonché de poissons morts. Petite baignade dans un océan sans doute plus chaud que la mer Méditerranée avant de continuer la balade. Les gens se montrent très amicaux, beaucoup nous disent bonjour et nous demandent comment on va. Il y a aussi des chevaux qui se baignent, des chèvres et des chiens sur la plage, dont un qui est venu s’accrocher à nous et nous a suivi tout le voyage du retour. Des enfants viennent nous parler, malgré la barrière de la langue.

21h40

Un peu plus tôt, Boubou et son frère Mamadou sont venus pour mettre en place avec nous le programme de la semaine. Boubou, c’est un peu notre guide ici. A part lui, Ndeye, une jeune femme, viendra tous les jours. C’est elle qui s’occupe du ménage et de la cuisine. Comme le surnom de Camille est « Boubou », la conversation s’est orientée sur les surnoms. En apprenant qu’on me surnomme « Cocotte », Boubou a juste dit « cocotte-minute » et est parti dans un fou-rire. On leur a offert un verre de Fanta, leur religion leur interdisant l’alcool. Pour ce qui est de leur religion, on entend les prières qui s’élèvent du minaret cinq fois par jour (la première a 5h du matin). L’endroit est bruyant même si on exclut le minaret. On entend beaucoup de gens parler, chanter, jouer du tam-tam… Beaucoup d’oiseaux aussi, et puis les vagues, des chèvres, des grillons. Après le repas, je monte sur le balcon admirer les étoiles. C’était magnifique.

Troisième jour

Matin

J’ai mes premiers coups de soleil de l’année ! Et des beaux, pas des petits joueurs… Maman éclate de rire à chaque fois qu’elle me voit. J’ai une nette trace de mes lunettes et une encore plus belle de mon débardeur. C’est assez compréhensible, après avoir passé toute la matinée sur la plage. On y a retrouvé Gaby, avec qui Lulu avait fait connaissance hier, qui est venu avec son cousin. D’autres personnes se joignent à nous petit à petit pour discuter comme s’ils nous connaissaient depuis toujours. Ils nous ont beaucoup parlé du Sénégal, des problèmes à cause du gouvernement, de leur vie ici…

Plus loin sur la plage, un grand groupe de gens qui sont en train de sortir de l’eau un énorme filet de pêche. Papa file les aider bien sur ! Dans le filet, il y avait beaucoup plus d’algues que de poissons. Après on s’est installé sur la plage, toute la famille et beaucoup de Sénégalais. Pendant ce temps Lulu était dans l’eau entourée d’une dizaine d’enfants et jeunes filles à qui elle donnait un cours danse improvisé. Quand j’ai été assez cuite, on s’est fait raccompagné jusqu’à la porte. A l’intérieur, une odeur délicieuse révèle les talents culinaires de Ndeye. Tomates et concombres avec un assaisonnement délicieux, riz chaud, patates douces, carottes au goût incomparable et dorades toutes fraîches… Et pour finir, fruits à gogo. Papaye et un autre petit fruit de la forme d’un œuf et de la texture d’un poire, oranges jaunes, sans oublier les bananes. Un délice !

Après-midi

On se promener jusqu’au port en début d’après midi, ce qui se révèle être une expérience assez éprouvante. Déjà parce que mes coups de soleil me brûlent énormément, mais surtout par le port en lui-même et le marché. Le port ne ressemblerait pas à un port si on enlevait les pirogues. Il s’agit juste d’une plage. Mais ici, des milliers de poissons ou coquillages sont entassés, à tel point que l’odeur en est insupportable. Juste derrière, le marché nous paraît aussi peu reluisant, quand on croise viande pleine de mouches ou poissons en décomposition. Les mouches, on s’en prend plein la figure quand on se promène. Plus loin, le marché se fait plus propre. On y trouve fruits, légumes, épices, poissons séchés, objets artisanaux (colliers, chapeaux, statuettes en bois…), et puis toutes sortes de choses (vêtements surtout). On se fait assaillir par beaucoup de gens qui veulent nous vendre leur marchandise ou nous servir de guide dans le marché, moyennant salaire. De retour sur la plage, on croise énormément de sportifs, au corps très musclé, et qui s’entraînent en courant, en faisant des pompes, ou en remontant des dunes de sable en marche arrière et en sautant à pieds joints. Par cette chaleur, c’est impressionnant. D’ailleurs Lulu a essayé et c’était à mourir de rire !

Quatrième jour

Ce matin, direction Dakar, capitale du Sénégal. Arrivés là-bas, on a prend une chaloupe pour aller jusqu’à la très touristique île de Gorée. A bord, il y a plus de touristes que de Sénégalais. L’île de Gorée est réputée à la fois pour sa beauté et pour sa tragique histoire. En effet, elle était un lieu de détention d’esclaves en attente d’être vendus. Ils y étaient logés les uns sur les autres dans des conditions atroces, entassés dans des pièces sans lumière. On y engraissait les plus maigres (les hommes devaient atteindre 60Kg), et les malades étaient jetés à la mer, un boulet accroché aux pieds. Ces pratiques ont duré jusqu’au début du XIX° siècle.

Outre la maison des esclaves, l’île propose des activités plus joyeuses. On visite l’atelier d’un artiste qui fait des tableaux en sable, en collant sur des toiles du sable de différentes couleurs naturelles pour en faire des paysages africains, des portraits et d’autres motifs, tous plus beaux les uns que les autres. On a droit aux explications de la technique en même temps qu’un musicien joue derrière nous de la musique traditionnelle sur un xylophone en bois. On trouve aussi sur l’île la « maison-bateau », la ruelle des amoureux, et la plage qui ferait pâlir de jalousie les plus belles de France.

L’après-midi, on a fait un détour au Lac rose, qui est réellement rose à cause d’algues et de micro-organismes. Il y a tellement de sel dans l’eau (qui est d’ailleurs très exploité), qu’on flotte tout seul. Le temps qu’on revienne jusqu’à la voiture, des vendeurs avaient installé devant bien à plat une centaines de tableaux.

On s’arrête un peu plus loin pour boire un coup à côté du lac. Dommage qu’ils ne servent pas de jus de baobab : j’en ai bu à midi et c’est délicieux ! Il y a encore un musicien qui joue d’un instrument traditionnel qui ressemble à une petite guitare. Un dernier tour dans les boutiques artisanales où un homme m’offre un porte bonheur en échange de la promesse de lui envoyer une lettre depuis la France (une correspondance que nous tiendrons par la suite quelques années). Ensuite retour à Mbour, on a file sur la plage où Lulu donne un cours de gym à des enfants. Je prends ma caméra, pour le plus grand plaisir des gosses qui sont morts de rire en se visionnant dessus. C’était fantastique. Dommage qu’ils ont du tous subitement partir pour aller prier. On est restées un peu sur la plage le soir. Après manger, Boubou est venu nous voir. Il nous a promis le barbecue du siècle qu’il allait faire lui-même, au poisson bien sur !

Cinquième jour

Journée absolument géniale. Ce matin, nous devions louer une voiture mais apparemment Mamadou, le frère de Boubou, avait perdu les clés. qu’à cela ne tienne, Boubou nous accompagne près de la route où on fait du stop ! Une voiture s’arrêt finalement, avec assez de place pour nous cinq, et deviens notre taxi de la journée. Pas de ceintures ni frein à main, on se demande même comment le véhicule roule encore… Au bout d’une heure, on arrive à Joal-Fadiouth, une petite commune. On a traverse un long pont en bois au dessus d’un bras d’océan très peu profond pour arriver sur l’île aux coquillages. Elle porte bien son nom : le sol en est jonché.

Sur l’île un guide nous a fait la visite, depuis l’église (visitée par Jean-Paul II !), jusqu’aux tam-tams sacrés qui servaient à envoyer des messages d’urgences. On a visite également le cimetière à la fois chrétien et musulman, où les tombes chrétiennes sont disposées en vrac alors que les musulmanes sont toutes orientées dans le même sens, selon leur religion. Ensuite on embarque dans une pirogue avec le guide et se fait balader à travers la mangrove, où vivent de nombreux oiseaux. Retour sur la terre ferme pour un bon repas : brochettes de lotte pour moi, sole meunière ou encore porcelet pour les autres, et bananes flambées en dessert ! On se prélasse quelque temps sur la plage de Joal-Fadiouth où une bande d’enfants nous a fait une démonstration de lutte. Puis retour avec le même taxi qu’à l’allée, à qui on avait donné rendez-vous.

En arrivant à la villa, direction la plage pour le cours de gym quotidien de Lulu avec les enfants. Puis direction le marché avec Boubou, qui nous y emmène en charrette ! Ou en taxi sénégalais comme on dit là-bas… Une expérience à ne pas louper ! On achète des souvenirs en bois avant de rentrer, de nouveau en charrette, conduite par un gamin et tirée par un cheval. Sur la plage, on est vite rejoints par nos nouveaux amis sénégalais, qui ne le paraissent d’ailleurs pas (nouveaux). Ici ce n’est pas comme en France où on doit suivre de longues formalités avant de se dire « amis ». Un mot pourrait bien exprimer ce sentiment : fraternité. Ou comme ils disent, la « famille élastique ». Ici, on appelle ça la Teranga sénégalaise, un terme qui veut dire que c’est accueillant et qu’on s’y sent bien. Encore un autre exemple pour illustrer cette convivialité sénégalaise : après le dîner, quelqu’un vient toquer à la porte. C’était le neveu de Mamadou, Djiby (qu’on ne connaissait pas) qui venait nous rendre visite. Car ici, on n’a pas besoin d’invitation pour allez chez son voisin. Il est rentré et on a parlé pendant des heures alors qu’on ne s’était jamais vus.

Sixième jour

Pas de grasse matinée aujourd’hui. Levés à 7h, on décolle à 8h pour la réserve de Bandia. On avait loué une voiture à Mamadou. Je ne sais pas ce qu’il avait fait avec, mais le siège de Lulu était tout trempé et puant. Le temps qu’elle s’en aperçoive, elle avait une belle tache au derrière ! A la réserve, nous montons un 4×4 sans toit. Le guide nous conduit à l’intérieur. Les animaux se succèdent, et nous pouvons descendre du 4×4 et les approcher pour prendre des photos. Les girafes sont à moins de 10m de nous, sans aucune barrière entre elles et nous. Vraiment impressionnant, même si ce n’est pas la même espèce qu’au Kenya où elles étaient beaucoup plus grandes. Plus loin, on croise une famille d’autruches, avec une ribambelles d’autruchons. Puis des singes, des petites gazelles, des chevaux sauvages et d’autres animaux. Assise à l’arrière du 4×4, cheveux au vent, je me sens dans mon élément. Moment fort et impressionnant, on s’approche de rhinocéros. Les deux seuls de la réserve car leur introduction ici est un essai. Nous descendons du véhicule, nous sommes à 5m d’eux, et ils continuaient à brouter, l’air de rien. Génial. On s’arrête ensuite près d’un baobab qui contient des ossements humains. C’est la tradition qui voulait que les griots (troubadours) n’aient pas le droit d’être enterrés car ils n’avaient pas travaillé la terre. A leur mort, ils étaient alors placés dans des baobabs creux. Depuis, cette pratique a été interdite. En continuant la visite, on passe devant un autre baobab, le baobab-éléphant, qui a véritablement la forme d’un éléphant. Les vrais éléphants sont en revanche absents de la réserve car celle-ci trop petite et ces animaux sont un peu trop destructeurs… De même qu’il n’y a pas de grands prédateurs pour éviter la disparition des gazelles. La visite se termine ) un point d’eau, où on descend du véhicule alors que des crocos se dorent au soleil à quelques mètres de nous et que des phacochères prennent tranquillement la pause quand on s’approche avec un appareil photo.

Après la réserve, on se rend aux falaises de Popengin. La plage ici est merveilleusement propre et la mer donne envie de s’y baigner. On mange dans un petit restaurant qui domine l’océan, et où le service est tellement long qu’on y reste trois heures ! Un petit singe se balade sur la terrasse du restaurant. Ensuite, retour à la villa et balade au bord de l’eau où on retrouve nos amis sénégalais. Papa sollicite d’ailleurs pour jouer aux dames. Le soir, tout le monde entre dans la villa, même Djiby qui est revenu avec une bouteille de Bissap (une boisson délicieuse), et un CD de Boney M. On a appris a faire Tchin-tchin en sénégalais : Ki-nding ka-ndang ! On a passé une soirée formidable et beaucoup rigolé.

Septième jour

Hier c’était Lulu, ce matin c’est maman qui a la turista. Du coup on passe la matinée tranquillement à la villa. Les enfants n’arrêtent pas de venir toquer à la porte pour voir Lulu et lui amener des dessins. La matinée, je la passe à lire mon roman Le Lion. Il y a une nouvelle femme avec Ndeye qui s’occupe du ménage, elle vient tout juste de rentrer de pèlerinage. Elles nous préparent un repas comme toujours délicieux, à base de poisson, riz, frittes, tomates, et concombres… Sans oublier les fruits (banane, pastèque).

L’après-midi, on part se baigner aux falaise de Popengin. Il y a des super vagues, et Lulu en profite pour nous montrer ses fesses. Sur la plage, impossible d’être tranquille. Il suffit qu’on s’installe pour que des femmes viennent déballer bijoux et autres, même si on leur dit qu’on ne veut rien.

Retour vers 5h30. C’est amusant quand on est en voiture de regarder le décalage des paysages. On a l’impression que deux époques se mêlent. On voit des chèvres qui se baladent, beaucoup de gens qui vendent fruits ou objets artisanaux, des maisons un peu anciennes, pauvres. Et puis il y a des marques célèbres dans ce décors rustique. Des pub directement peintes sur les maisons, des « magasins » où on vend quelques objets en bois, colliers… qui ont pour nom « E.Leclerc », « Auchan », « Carrefour »… Les voitures se mêlent, sur la route, aux charrettes tirées par des chevaux. Lorsqu’on s’arrête pour faire le plein d’essence, c’est un pompiste qui nous fait le plein.

Le soir, repas avec Boubou et Mamadou qui nous ont fait des Gambas grillées au barbecue. C’était délicieux, comme toujours. Encore une soirée avec nos nouveaux amis. Djiby, qui est couturier, nous a offert à toute la famille des petits sacs qu’il avait fait lui-même.

Huitième jour

Dernier jour de vacances. La semaine est passée beaucoup trop vite au goût de tout le monde. Le matin, on retourne au marché avec Boubou pour acheter les derniers souvenirs. On croise beaucoup d’élèves en uniforme scolaire. Papa a eu la turista d’un coup pendant qu’on se promenait. Peut-être à cause de l’eau qu’il venait de boire : de l’eau dans un sac en plastique qui est vendu un peu partout par les Sénégalais au marché. Christelle, chez qui on avait acheté des souvenirs, nous a refait des cadeaux à tous.

A 16h, Boubou vient nous chercher pour aller dans la brousse. On monte sur une charrette et on est partis. En s’éloignant de la ville, nous sommes de déchets, comme une gigantesque décharge en plein air. Chaque fois que nous croisons un enfant, il criait « TOUBAB ! » (le Blanc) en nous faisant des grands signes. En arrivant dans un village, des gamines se mettent à courir derrière notre charrette. On s’arrête et les enfants se rapprochent pour nous tenir la main. Je me retrouve avec une petite fille et un petit garçon sont restés attachés à moi presque tout le temps qu’on est restés dans le village.

Les femmes nous font visiter quelques maisons du village, des huttes qui ne comprennent qu’une seule pièce. Puis on se rassemble avec le chef, son fils et tout le reste des habitants du village. On a ramené des bonbons, jouets et gadgets de France, et le fils du chef les a distribué aux enfants, assis dans le plus grand calme. En repartant, on a croise une course de voiture, relique du Paris Dakar sans doute. Étonnant contraste avec le paysage.

Plus loin, on arrive dans un autre village où on nous a réservé le même accueil que dans le premier. On rentre à l’intérieur d’un immense baobab. Boubou nous dit de poser la main gauche sur la paroi intérieure du tronc et de fermer les yeux une minute. On l’appelle le Baobab Sacré. Sur le chemin du retour, on croise des enfants qui se mettaient à courir derrière la charrette dès qu’ils nous voient. Certains parvenaient à la rattraper et on voit alors des petites mains accrochées sur le rebord, le reste du corps invisibles, pendu dans le vide. On croise aussi Ndeye qui nous fait de grands signes.

On passe la soirée avec nos amis sénégalais. Au moment du départ, on se tombent dans les bras, Boubou, nos amis, Mamadou… moment d’émotion indescriptible par les mots. Et la voiture s’éloigne, en direction de l’aéroport, en direction de notre pays.

Dernier jour

00h30

Après un voyage interminable en voiture, chacun se repassant des souvenirs inoubliables, nous sommes arrivés à l’aéroport. L’avion décolle à 2h. J’ai un cafard pas possible. Je suis toute seule dans l’avion à côté d’un gars et du siège réservé au personnel de l’avion pour les décollages et les atterrissages. J’essaie de dormir mais ce n’est que par tranches de 2 minutes.

7h00

On est arrivé à Lisbonne. Je n’ai même pas vu l’atterrissage, étant dans un de mes épisodes de demi-sommeil. Il n’y a plus aucun Sénégalais ici. Juste des touristes européens. Nous avons 6h à attendre avant de prendre l’avion pour Paris. Alors on s’assoit. Je prend mon roman mais j’ai du mal à me concentrer. Les images de la veille me reviennent en tête. Personne n’est heureux de nous voire, personne ne manifeste l’envie de nous parler.

Le voyage de Lisbonne à Paris est rapide. On passe au dessus du Portugal, de l’Espagne, puis on survol l’océan Atlantique. A partir de ce moment, une couche de nuages semblables à du coton nous cache définitivement la vue. Pour atterrir, on les traverse. Et soudain tout devient gris, tout devient sombre. Il pleut. A l’aéroport, la valise de Camille a disparue. On la retrouve une heure plus tard au service des objets trouvés. La mienne a été ouverte de force. On monte dans le minibus qui doit nous ramener à notre voiture. Le paysage ne m’a jamais paru aussi moche. Tout est gris, tout est droit. Aucune couleur nul part. Personne dehors. Cette sensation de solitude qui pèsera sur moi toute la semaine prochaine commence déjà à m’englober. Le voyage en voiture est interminable. L’ambiance du Sénégal me manque. Les moments que j’y ai vécu étaient formidables. Les gens ne sont pas riches d’argent, mais riches de valeurs. L’amitié, le contact humain. Ici en France, nous sommes seuls.