Une journée à Battambang

Parmi les villes incontournables du Cambodge, Battambang ne fait pas l’unanimité. Avant de partir, j’ai lu beaucoup d’avis favorables, mais aussi beaucoup d’autres moins enthousiastes. Verdict ? J’ai adoré ! Si la ville en elle-même ne présente pas d’intérêt particulier, ce qu’on peut y faire et ce qu’il y a autour apportent une dimension différente au voyage. L’occasion de découvrir la culture autrement.

Comment s’y rendre

La situation géographique n’est pas idéale. Située au nord-ouest du lac Tonlé Sap, Battambang est loin de Phnom Penh, et pas toute proche non plus de Siem Reap. Nous avons choisi d’y faire étape entre les deux, en nous déplaçant en minibus. La réservation se fait très simplement avec un mobile depuis le site www.bookmebus.com. Il faut compter 4h depuis Siem Reap, et 7h de route jusqu’à Phnom Penh en minibus express. 

Il est également possible de relier Battambang et Siem Reap par bateau, dans les deux sens, en passant par le lac Tonlé Sap. Le voyage, bien plus long (une dizaine d’heure), est apparemment une aventure en lui-même ! Malheureusement, il est impossible en saison sèche. 

Découverte du savoir faire local

Une fois n’est pas coutume, nous avons demandé à notre auberge de nous trouver un chauffeur de tuk-tuk pour une excursion. Ils proposent des programmes tout faits, mais nous l’avons organisé à notre sauce. Une fois le prix négocié, le chauffeur nous emmène où l’on veut. 

Nous sommes plongés au cœur d’un marché local. Notre chauffeur s’arrête régulièrement. Ici, nous découvrons les “bamboo sticky rice”, un gâteau à base de riz collant, cuit dans une tige de bambou (d’où le nom !). On épluche ça comme une banane pour le déguster. Ça colle aux dents, mais c’est plutôt bon !

Plus loin, des pêcheurs ouvrent et étalent le poisson pour le faire sécher. Celui-ci provient du lac Tonle Sap, réputé comme l’un des plus généreux en poissons. Une autre façon de préparer le poisson est de le transformer en pâte, le Prahok. Le poisson est salé, fermenté, réduit en purée… La pâte servira comme condiment ou accompagnement. Nous apercevons sa fabrication, un peu effrayées par le manque d’hygiène. Notre guide nous dit que celui qu’il achète ne provient pas de cet endroit, pour cette bonne raison. L’odeur – conjuguée à la chaleur – est absolument insoutenable et nous nous éloignons bien vite !

Beaucoup plus charmant, nous assistons à la préparation traditionnelle de feuilles de riz, utilisées pour les nems ou rouleaux de printemps. Deux personnes suffisent. Une femme manie une machine qui broie le riz, puis elle mélange la poudre obtenue avec de l’eau avant d’en faire des crêpes gluantes, qu’elle fait cuire à la vapeur. Elle positionne ensuite les feuilles de riz obtenues sur un tourniquet en bambou, et un homme vient les récupérer au fur et à mesure pour les étaler sur une grande grille en métal, où elle pourront sécher en plein air. 

Le train de bambou 

A première vue, le “bamboo train”, appelé Norry, ressemble à une attraction purement touristique. Ces planches de bambou posées sur des rails sont propulsées par des moteurs bruyants. Des coussins permettent le confort de nos derrières, un luxe appréciable avec toutes les vibrations de l’engin ! La balade dure une heure, nous passons entre des rizières, voyant quelques buffles. Au bout du chemin, un arrêt avec bien sûr des “boutiques” souvenirs : peintures, vêtements, babioles… L’expérience est rigolote. 

Ce que l’on sait moins, c’est que les trains de bambou, apparus dans les années 70, sont des moyens de transport encore utilisés par les Cambodgiens, et un moyen de subsistance pour ceux qui les conduisent. Dans la région de Battambang particulièrement, ils servent à transporter des gens, des marchandises, du bétail… Bien moins rapides que leurs principales concurrentes les mobylettes (30 km/h en moyenne), ils ont cependant un avantage de taille en saison humide : ils ne s’embourbent pas. Il n’y a qu’une ligne de rails, et les trains de bambou sont donc contraints de se croiser. Priorité à celui qui a le plus de personnes à bord, ou la plus grande charge de marchandise. Pour celui qui arrive en face, il faut alors débarquer tout le monde, enlever le moteur, la planche et les essieux le temps que l’autre plateforme passe, puis tout ré-assembler. 

Norry, moyen de déplacement traditionnel

Wat Samrong Knong

Cette pagode est l’une des plus anciennes de la province (1707). Comme souvent au Cambodge, l’histoire tragique du pays se mêle à la beauté des lieux. Notre guide nous apprends que la pagode a été réquisitionnée par les Khmers Rouges pour servir de prison. En face se situe un temple plus récent. La porte est ouverte, de la musique est diffusée par des hauts-parleurs. A l’intérieur, une grande statue de Bouddha drapé dans un tissu orange et rouge fait face à la porte, et domine d’autres statues plus petites, ainsi que des photos et des fleurs. De retour dans le tuk-tuk, notre guide nous raconte sa propre histoire, les conséquences que l’époque des Khmers Rouges a eu sur lui et sa famille : un exil forcé, une vie cachée à la campagne avant de pouvoir revenir à Battambang en découvrant que tout ce qu’ils avaient laissé derrière eux n’existait plus. 

La maison de Mme Bun

A Battambang subsistent quelques maisons traditionnelles khmers, dont certaines peuvent être visitées. C’est le cas de la maison de Mme Bun (Mrs. Bun Roeung’s Ancient House). Cette maison coloniale du début du XXème siècle est encore habitée par sa propriétaire. Réquisitionnée par les Khmers Rouges, elle est une des rares à ne pas avoir été détruites. A la fin du régime, Mme Bun est revenue y vivre dans l’espoir que le reste de sa famille disparue l’y rejoindrait un jour. Aujourd’hui âgée, Mme Bun continue d’accueillir les visiteurs et discute volontiers dans un français impeccable. Le haut de la maison contient les meubles d’origine et de nombreux objets d’époque, constituant une sorte du musée. Le neveu de Mme Bun s’occupe des explications. La visite et la rencontre de la propriétaire sont émouvantes. 

Ferme aux crocodiles

Comme l’indique son nom, la ferme aux crocodiles est un endroit où sont élevés des crocodiles. Elle fait souvent partie des arrêts prévus dans les excursions. D’un côté, la visite permet de voir ces imposants animaux de près. Frissons garantis, quand l’un se met à bouger avec brusquerie, provoquant les réaction de l’ensemble du groupe. On les observe du dessus, une simple barrière en métal nous empêchant de tomber dedans. On a des fourmis dans les jambes rien qu’à imaginer cette possibilité… Pour attirer les touristes, un bébé crocodile est gardé dans l’entrée, que l’on peut toucher et même prendre dans ses mains. D’un autre côté, on peut se sentir mal à l’aise. Les animaux sont élevés dans le but d’être ensuite tués, comme tout élevage, pour leur viande et pour leur peau. Ils sont entassés dans des enclos peu spacieux. On préfèrerait les observer dans de meilleurs conditions…

Cours de cuisine 

Parmi les expériences les plus intéressantes du voyage, nous avons pris un cours particulier de cuisine dans un restaurant de Battambang, le Coconut Lyly. Ce n’est pas le seul restaurant de la ville à proposer des cours, mais après y avoir mangé le soir de notre arrivée, nous avons trouvé la cuisine tellement bonne que nous avons voulu en apprendre les rudiments ! 

Nous avons rendez-vous 15h30 (nous sommes simplement passées 1h plus tôt pour réserver). Première étape, virée au marché à quelques pas avec le propriétaire de ce restaurant familial pour acheter les ingrédients manquants. Nous avons droit à des explications sur les fruits et légumes que l’on trouve sur les étales. Le lait de coco de notre recette est extrait devant nous. La partie sèche (que nous consommons sous forme de farine) est ici destinée à nourrir les poules ! Retour au restaurant où nous sommes installées, ma sœur et moi, sur une grande table. C’est la femme du propriétaire qui prend le relai. Elle nous habille d’un tablier. Nous avons un petit livret avec les recettes, où nous choisissons trois plats que nous allons préparer : curry de poulet, bœuf Lok Lak et nems cambodgiens, ainsi qu’un dessert, une glace de lait de coco à la vanille et zestes de citron vert. Nous faisons nous-même toutes les étapes de la préparation, y compris la pâte de curry à l’aide d’ingrédients bruts et broyés dans un mortier. Après deux heures de cuisine, nous dégustons nos chefs-d’œuvre qui sont très réussis. Nous avons passé un excellent moment avec des personnes très gentilles, et avons mangé un grand repas délicieux avec la fierté de l’avoir préparé, pour un prix vraiment attractif : 10$ par personne. Activité à ne pas manquer ! Nous repartons avec notre livret de recettes, et même un certificat pour prouver nos nouvelles compétences !

Soirée au Phare Ponleu Selpak

Qui aurait pensé qu’on assisterait à un spectacle de cirque au Cambodge ! Les étudiants de cette école de cirque proposent deux représentations par semaine, et elles valent le coup d’œil. En première partie, de jeunes danseuses en tenue nous font une démonstration de danse traditionnelle cambodgienne. Ensuite, place aux artistes : une petite troupe de jeunes gens talentueux dans de nombreux domaines, allant des acrobaties au jonglage, mais aussi une grande créativité. Avec des objets simples, le spectacle dont la thématique est “Influence” embarque le spectateur dans une réflexion poétique et émouvante. Le tout est accompagné par deux musiciens, eux aussi talentueux. Les représentations s’adressent autant aux touristes qu’aux locaux, et nous avons la chance d’embarquer dans le tuk-tuk d’une petit famille pour le retour. Les deux jeunes enfants sont ravis de nous raconter leur journée dans un anglais très satisfaisant. 

Les autres points d’intérêt

Une soirée et une journée, c’est tout le temps que vous avons passé à Battambang. Notre voyage a malheureusement dû être écourté, le coronavirus commençant à devenir inquiétant en Chine… Impossible donc de tout visiter, même si nous avons déjà eu une riche journée !

Dans la campagne autour de la ville, on trouve quelques temples anciens, comme le Wat Ek Phnom, temple hindou construit au 11e siècle, ou encore le Vat Banon, construit à la même époque au sommet d’une montagne de 400 mètres de haut. La ville comporte elle-même quelques pagodes récentes comme Wat Tahm-rai-saw

A une douzaine de kilomètres de la ville se trouve l’ensemble de temples de Phnom Sampeau, ainsi que les tristement célèbres “killing caves”, lieu où les Khmers Rouges ont torturé et massacré des gens. C’est aussi ici que l’on peut admirer la grotte des chauves-souris (“bat cave”). Cette attraction far de Battambang nécessite d’être sur place vers 17h30. Les personnes qui y sont allées n’ont apparemment pas été déçues : au coucher du soleil, le public assiste à la sortie de milliers de chauves-souris de leur grotte, dans un flot incessants de battements d’ailes. Les vidéos sur internet sont impressionnantes, la grotte semble se vider indéfiniment de ses occupantes.

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